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La filière graphique doit se réinventer.

Certains esprits chagrins ou défaitistes ne voient guère d’avenir à la filière graphique, contrairement à l’emballage ou à l’hygiène dont le futur semble effectivement plus assuré.

Tel n’est pas l’avis d’autres acteurs plus volontaires ou imaginatifs, ainsi le professeur Indien Anayath, membre de l’institut des textiles et des sciences, ancien professeur à l’Académie Heidelberg.

Lors d’un colloque récent organisé par l’éditeur PPI, sur ce que pourrait être l’impression en 2030, il a mentionné des possibilités de nourriture imprimée, de textiles parlants, d’impression bactérienne, ou ce qui s’appelle le Papyrus électronique…

Plus concrètement, il distingue plusieurs étapes à l’évolution de l’imprimé : une première étape, celle bien connue de mettre de l’encre sur du papier, puis celle actuelle, d’ajouts de couleurs, de nouvelles couches, d’impression UV, d’encres tactiles, etc… mais il ne faut pas s’arrêter là, le futur pourrait concerner la fabrication de matières et d’objets, la médecine, l’impression électronique, la bio impression, etc…

Toujours selon lui, l’industrie, les médias, la médecine de demain verront se développer la convergence de systèmes numériques combinés à l’internet et l’impression y aura un rôle majeur à jouer…
 

OU EN EST L’IMPRESSION DU FUTUR EN 2014 ?

 

Les 4ème rencontres de l’électronique imprimée viennent de se tenir en mars, et il semble bien que le décollage du marché soit en cours : les observateurs évaluent le marché mondial actuel à 2 milliards d’€, et il devrait être multiplié par 20, d’ici 2020.

De nombreux secteurs industriels utilisent, pour mettre en valeur leurs produits, des techniques d’impression classique, sérigraphie, héliographie ou jet d’encre.

Les nouveaux développements technologiques consistent à imprimer non seulement des liaisons électriques entre composants mais aussi des composants actifs ou passifs à l’aide d’encres conductrices de matériaux semi-conducteurs ou électroluminescents.

La variété des supports flexibles (papier, textile, plastique, ...) apporte de nouvelles fonctionnalités.

Il est bien évident que le savoir-faire des papetiers à maîtriser la surface du matelas fibreux qu’est le papier est un plus qui va compter. D’ailleurs nos grands laboratoires de recherche grenoblois (LGP2 de Pagora et CTP) sont des parties prenantes européennes sur le sujet : ils en sont à débusquer les nombreuses applications industrielles possibles de l’électronique imprimée, voire la maîtrise ou le filtrage des ondes électromagnétiques, comme le propose le « méta papier ».

A Toulouse, en parallèle, une étiquette sécurisée appelée « microtag », d’un diamètre 4 000 ( !) fois inférieure à un cheveu a été mise au point par le labo de physique et chimie des nano objets (Insa/CNRS). On pourrait y imprimer des nanoparticules électroluminescentes contenant de nombreuses informations, impossibles à contrefaire.

Une des batailles à mener par les papetiers sur ces domaines, c’est de mettre en avant les vertus technologiques, mais aussi écologiques du papier : matière abondante, renouvelable, recyclable.

L’impression 3 D est elle aussi porteuse de promesse, non pas forcément pour la production en grands volumes, mais pour des objets uniques (bijoux à partir de dessins), des prototypes, des plans d’architectes…

Paysagistes, géographes sont aussi intéressés par le procédé.

5 grands distributeurs grande consommation ou matériaux de bricolage testent le marché, de même que la Poste, dans 3 bureaux parisiens. J’ai repéré aussi plusieurs imprimeurs numériques décidés à se lancer…

Il y a même un industriel chinois qui à partir d’une imprimante de 150 mètres de long « imprime » les éléments d’une maison pas chère, à partir de matériaux récupérés !

Là où les choses prennent une autre dimension c’est quand les grands du numérique et de l’impression s’y mettent : Dell par exemple vient de commander 5 000 imprimantes 3 D. Bien entendu HP, et d’autres s’y intéressent aussi, sans trop savoir comment aborder le problème !

La France a quelques startups bien en pointe. A Paris un magasin propose désormais aux pme, professions libérales, des imprimantes 3 D avec conseils pour tester et développer de nouveaux usages.

Ces quelques remarques bien rapides ont juste pour objet de nous ouvrir les yeux sur les potentiels qui s’ouvrent à qui veut renouveler son regard sur ce qui s’appelle encore l’impression. Il n’y a aucune raison de croire à sa disparition...

 

OU EN EST LE FUTUR DU PAPIER EN 2014 ?

 

Nous limiterons notre vision à l’Europe, seule dimension où l’on peut envisager l’avenir désormais.

Faire du papier se fait essentiellement à partir de bois, probablement pour un certain temps encore… Pourquoi ?

Parce que la ressource européenne est abondante : la forêt y représente 38 % de la surface européenne (165 millions d’hectares). Elle est relativement bien gérée, même si l’on peut faire mieux, la fibre végétale qui la structure est recyclable en moyenne 5 fois.

Il existe aujourd’hui 4 utilisations principales au bois, par ordre de valeur

- L’énergie qui est certes utile en période de fort développement de la demande, mais croît parfois de manière mal maîtrisée. Elle a l’inconvénient de n’être qu’une utilisation « one shot », et d’émettre des particules fines.

- Ce qu’on appelle la trituration, ou traitement de la fibre en pâte (ou pulpe) dont nous allons parler plus spécialement

- L’ameublement de la maison, matériau naturel, chaleureux…. Le métier d’ébéniste est un métier magnifique, qui traverse les temps et les modes.

- La construction : là aussi la matière bois traverse le temps : on peut encore admirer des charpentes de granges, de châteaux plusieurs siècles après leur construction. Certains pays européens ont bien conservé cette tradition, la France s’y remet peu à peu…

Revenons à l’industrie papetière européenne :

Le tissu européen, même fragilisé par la crise, reste solide. Les usines papiers/cartons, papiers hygiènes, papiers de spécialités représente environ 10 % de toutes les installations industrielles européennes. C’est une base solide pour préparer l’avenir à condition d’être capable de réfléchir à 30 ans, et de mettre de la souplesse et réactivité dans nos manières de faire.

 Et justement l’avenir la profession y travaille.

Il y a 3 ans, la Commission Européenne a mis au défi toutes ses industries de créer les conditions de réductions de Co2 de 80%, et d’ ajouter 50 % de valeur à leurs produits, d’ici 2050.

La profession papetière représentée par la Cepi à Bruxelles a été la première à relever le gant et à constater que pour répondre à ce défi, il lui fallait trouver des technologies innovantes à partir de 2030.

Forte de ce constat la Cepi a mis en oeuvre ce qu’on pourrait appeler des « appels à nouvelles percées technologiques », dans lesquels ont été impliqués industriels et centre de recherches actuels, bien sûr, mais aussi universités et centre de recherche voisins, liés par exemple à la biomasse, sujet très vaste…

Il en est sorti 8 idées fortes qui vont désormais être reprises par les professionnels intéressés et sans bien entendu jouer les prophètes on peut envisager des évolutions fortes que je résumerai (sans être exhaustif) ainsi :

- On pourra utiliser plus facilement beaucoup plus de variétés de fibres végétale que maintenant pour fabriquer des matelas fibreux (encore ?) appelés papiers.

- Ces types de papiers pourront être encore bien plus fins, plus souples et plus résistants qu’aujourd’hui, d’où, par exemple, de nouvelles possibilités pour l’électronique imprimée.

- Les usines qui fabriqueront ces produits seront de taille beaucoup plus réduite qu’aujourd’hui et serviront des marchés régionaux, procurant donc une nette amélioration dans le bilan carbone lié aux transports.

- Ces usines seront infiniment moins énergivores qu’actuellement, voire autonomes ou même productrices d’énergie, voire d’agro carburants de 2ème/ 3ème génération.

Nos centres de recherche grenoblois (LGP2 de Pagora et CTP) ont ainsi bien du pain sur la planche !

Pour sortir un peu du domaine qui nous concerne aujourd’hui, ces usines pourraient être aussi porteuses de réalisations liées à ce qu’on commence à appeler la chimie verte, celle qui ne s’appuiera plus sur des matières fossiles, mais sur des matières renouvelables.

La France a la chance d’être un grand pays agricole et forestier : ces ressources fibreuses encore insoupçonnées et peu utilisées ont un avenir qu’il faut désormais inventorier et se préparer à utiliser.
 

CONCLUSION

 

Il y a abondance de fibres végétales en Europe (et particulièrement en France), la filière graphique devrait pouvoir en profiter à plein pour renouveler, adapter ses supports.

Il n’y a donc pas péril en la demeure ! Certains grands groupes scandinaves, par exemple, sont plus ou moins engagés dans ces voies nouvelles…

 
 

Bon courage à tous.

Jacques de Rotalier

Analyste Média Papier.

 

 

Juin 2014